Le projet scientifique de l'appel à checheurs de la BnF > Innover avec les humanités numériques

L’essor du numérique, l’augmentation massive des collections numériques, ouvrent de nouvelles voies de recherche. Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF et de ses partenaires, mise en ligne dès 1997, est l’exemple le plus manifeste des mutations suscitées par le numérique à l’œuvre dans les institutions de l’écrit. Ses collections numériques sont organisées en corpus cohérents et océrisés pour en permettre l’exploitation par les chercheurs. Gallica s’est imposée comme un « creuset de l’innovation ». Si l’innovation est dans ce cas le résultat d’une initiative de la Bibliothèque pour développer de nouveaux services et espaces numériques, elle les met à la disposition des chercheurs individuels pour leur permettre d’explorer les données numériques patrimoniales.

Sur le continent de l’innovation et du numérique, les chercheurs ne sont qu’à l’orée de l’exploration de nouvelles sources, de la définition de nouvelles méthodes, et du désir de partager leur découvertes.

Les terrains de la recherche sont numériques : arts et la littérature numériques, archives orales, archives du dépôt légal du web dont le volume représente aujourd’hui 800 Téra octets. L’exploitation de ces données massives par les sciences de la donnée (big data et TDM text and data mining) sont porteuses d’applications nouvelles et de gains de compétitivité considérables pour la culture et le patrimoine. Le travail du chercheur, est de restituer la dimension humaine enfouie dans ces données massives. Au-delà d’un positivisme naïf qui ferait croire à l’émergence d’un savoir à partir d’une simple exploitation automatisée des données, le chercheur doit soumettre les données numériques à des questionnements multiples qui nourrissent ses modèles scientifiques. C’est la culture des êtres humains qui est ici en jeu.

Les pratiques de la recherche se transforment. Les démarches de type humanités numériques (ou digital studies), dont les principes ont été établis dans un manifeste en 2010, se répandent largement. La BnF a élargi ses collaborations scientifiques aux humanités numériques en s’engageant dans des projets expérimentaux visant à exploiter ses corpus de données en leur appliquant des traitements informatisés. L’édition scientifique des textes passe par leur encodage en XML et TEI. Les sources sur lesquelles se fondent la recherche sont agrégées en corpus identifiés exposés sous la forme de bases en ligne comme « BnF Archives et Manuscrits » (BAM) pour les textes manuscrits et les fonds d’archives, « Reliures » pour les reliures les plus remarquables de la Réserve des livres rares, ou bientôt BP16 pour la production imprimée parisienne du XVIe siècle. Les travaux d’information géographique, de lexicométrie, de cartographie du web, de reconnaissance des caractères, de représentation et de numérisation en 3D s’intègrent aussi dans ces mutations et permettent le développement d’outils innovants. Parmi eux des outils d’annotation, d’indexation, d’éditorialisation ou de social networking.

De nouvelles générations de chercheurs en sciences humaines et sociales s’ouvrent aux Internet Studies, web Science ou Digital Humanities. Désormais, historiens, sociologues, ethnologues, font du web à la fois un objet et un moyen de connaître nos sociétés, d’étudier la manière dont elles se transforment avec la grande conversion numérique. La diffusion des résultats de la recherche se développe bien au-delà du strict cercle universitaire. Les outils de cette diffusion sont nombreux : communication en réseau, publication de carnets de recherche sous forme de blogs, notamment sur hypotheses.org, édition électronique en ligne. Ces modalités souples de communication sur les travaux en cours permettent une démarche collaborative, par exemple sur l’enrichissement et l’éditorialisation des corpus. L’ouverture du savoir à tous fait de la Bibliothèque un lieu de partage intellectuel, où les processus d’annotation produisent les espaces des conflits d’interprétation et des controverses scientifiques indispensables à une mise en œuvre rationnelle de ce que l’on appelle aujourd’hui l’open science, l’open source, à l’innovation sociale, etc...

Les humanités numériques que tous les acteurs de la recherche en sciences humaines et sociales s’approprient collectivement enrichissent les travaux. Elles ouvrent de nouvelles voies pour des investigations d’un genre entièrement nouveau, offrent des croisements interdisciplinaires inédits et permettent aux acteurs sociaux de s’emparer des innovations.

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